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Venezuela : une banalité démocratique qui dérange

Au Parti socialiste

Le 14 avril dernier, Nicolas Maduro est arrivé en tête du scrutin présidentiel vénézuélien avec 50,75% des suffrages exprimés. Il devance Henrique Capriles, qui a recueilli 48,98% des voix.

Un résultat serré mais indiscutable

Aussi serré qu’il paraisse, ce résultat n’en est pas moins incontestable. Il est légitime, tout d’abord, puisque 80% des électeurs vénézuéliens se sont mobilisés pour cette élection.

Ensuite, le processus électoral lui-même ne peut être remis en cause. La majorité comme l’opposition sont membres de la CNE (Commission nationale électorale), des observateurs internationaux étaient présents dans les bureaux de vote (j’en faisais moi-même partie), et les modalités de vote électroniques sont vérifiables et reconnues comme telles par les différents partis. Il faut souligner que les résultats ont été reconnus par des pays de droite (Chili, Colombie) comme de gauche (Mexique, Argentine, Brésil).

Certains observateurs n’hésitent cependant pas à expliquer que l’héritage du chavisme divise profondément le Venezuela aujourd’hui, à l’image de Capriles qui refuse de reconnaitre sa défaite et des échauffourées survenues les jours suivant le scrutin. En Europe, pourtant, de tels résultats ne seraient jamais interprétés comme la marque d’une rupture sociétale profonde, ou d’un quelconque coup de force. Le Vénézuela n’est, pas plus que les autres pays sud-américains, une zone folklorique où les résultats politiques ne seraient que des pantomimes de démocratie. Tout serré qu’il soit, ce résultat reflète avant tout la volonté des vénézuéliens et ne correspond en rien au déni de démocratie que l’on aimerait nous faire croire.

Que n’aurait-on dit si Maduro l’avait emporté par 10 points d’écart, comme l’annonçaient certains sondages ? Elections truquées ? Plébiscite populiste ? Le résultat prouve qu’au Venezuela comme ailleurs, les scrutins ne sont jamais gagnés d’avance. Au lieu de se perdre dans des analyses dépassées, qui témoignent d’une méconnaissance totale de l’Amérique du Sud contemporaine, mieux vaut se concentrer sur l’analyse politique de ce scrutin, les enjeux et leçons à en tirer pour l’avenir.

La difficile succession à Hugo Chavez

Si le président sortant sort vainqueur de cette élection, on ne peut cependant que constater l’écart avec le dernier résultat d’Hugo Chavez. En octobre 2012, Chavez était parvenu à réunir plus de 8 millions de voix, chose inédite au Venezuela.

A peine six mois plus tard, Nicolas Maduro a lui recueilli 600.000 voix de moins. Dans le même temps, Henrique Capriles connaissait une remontée spectaculaire de plus de 700.000 voix. Il faut se rendre à l’évidence : il y a de nombreux votants de Chavez qui se sont reportés sur le camp adverse à l’occasion de cette élection.

Ce scrutin révèle tout d’abord le poids de la figure d’Hugo Chavez : près de 10 points se faisaient sur son nom et sa personnalité. Nombreux sont les électeurs ayant voté pour le commandant en octobre dernier en pensant qu’il serait capable de mener à bien la transformation sociale radicale qu’il prônait depuis plus de 10 ans. Nicolas Maduro ne présente pas cette garantie, ou en tous cas pas encore, et doit donc faire ses preuves.

Un second élément doit être souligné, et est peu relayé en Europe : manifestement, Chavez a gagné la bataille culturelle dans son pays. A la tête d’un attelage hétéroclite, ne tenant que par la volonté commune de reprendre le pouvoir et mettre les chavistes dehors, Capriles a mené une campagne centrée sur des revendications sociales fortes, la défense du cadre révolutionnaire et l’appropriation de la geste bolivarienne… soit l’inspiration symbolique de Chavez lui-même depuis son engagement politique.

Ainsi, il apparaît aujourd’hui que personne ne remet en cause Chavez et son héritage au Venezuela. Cela tient notamment au fait qu’il est difficile à renier auprès des vénézuéliens. On a donc assisté à une « gauchisation » du discours de la droite qui n’a qu’un objectif d’opportunité dans la conquête du pouvoir.

Les défis qui attendent Nicolas Maduro

Maduro doit tout d’abord faire front contre les tentatives intérieures et extérieures de déstabilisation. Les tensions consécutives au scrutin n’ont pour but que d’affaiblir sa légitimité. Les pays qui soutiennent ces oppositions (Etats Unis et Espagne) rappellent des périodes où ils avaient fait de l’ingérence la base de leur politique dans la zone latino-américaine.

Ensuite, Maduro doit aujourd’hui faire face à de véritables inquiétudes parmi la population, notamment vis-à-vis des questions de sécurité et de corruption. Dans un pays de rente pétrolière comme le Venezuela, le fléau de la corruption est endémique. L’importation est quasiment systématique, et la question de la production nationale écartée du fait même qu’il est possible de tout acheter à l’étranger, dans une opacité générale.

Cette situation n’est pas nouvelle, elle existait sous la droite mais n’était de fait pas exposée. Aujourd’hui, les vénézuéliens attendent un changement profond de cet état de fait, auquel Nicolas Maduro doit s’atteler.

Les défis qui l’attendent ne sont pas minces. Ils s’inscrivent dans le long terme, alors qu’il devra sans doute à nouveau se présenter devant les vénézuéliens dans trois ans, si la droite demande un référendum révocatoire comme elle l’avait fait pour Chavez en 2009. Cette probable échéance ne sera pas la moindre de ses difficultés.


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